Ma "randonnée-conversation" avec Péguy (Interview de P-Y Le Priol)

Le 11/03/2016

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Pierre-Yves Le Priol est l'auteur de l'ouvrage "En route vers Chartres - Dans les pas de Charles Péguy". Dans ce livre, il raconte son "cheminement" avec son "maître à penser", Charles Péguy.

Interview.






Amitié Charles Péguy :
D'où vous est venue cette idée de livre ?




Pierre-Yves Le Priol : Il m’a été demandé par la collection « Chemins d’étoile », aux éditions du Passeur : un éditeur qui publie notamment des récits de voyage (sanctuaires japonais, route de Compostelle, pèlerinages bretons) avec une dimension métaphysique ou spirituelle. L’ouverture récente d’un nouveau chemin Charles Péguy allant de Paris à Chartres, par des sentiers de randonnées, offrait l’occasion de rédiger un tel récit. Cette expédition pédestre, je l’ai effectuée sur trois jours à l’été 2013, et sur une petite centaine de kilomètres, avec Michel Péguy (petit-fils de l’écrivain) ainsi que deux autres membres de l’Amitié Charles-Péguy. Nous avons traversé à pied la Vallée de Chevreuse, le pays du Hurepoix puis la vaste plaine à blé de la Beauce en souvenir des deux pèlerinages vers la cathédrale de Chartres qu’avait effectués le gérant des Cahiers de la Quinzaine cent ans plus tôt : soit en 1912 et 1913.

L’idée était aussi, au-delà du récit de notre marche, d’évoquer en chemin l’homme Péguy et son œuvre. Ces pages sont l’occasion pour moi de dire comment j’ai rencontré Péguy, pourquoi il me parle tant et m’apparait comme un maître à penser. Il s’agit en quelque sorte d’une « randonnée-conversation », au cours de laquelle l’écrivain se révèle - et avec lui les raisons que nous avons, mes trois amis et moi, de le considérer comme un maître de vie.



Amitié Charles Péguy : Quels sont les quelques souvenirs marquants de votre périple vers Chartres ?



Pierre-Yves Le Priol : La Beauce vaut mieux que sa réputation de région uniformément plate et monotone. En évitant la route nationale aujourd’hui trop encombrée, et qu’avait empruntée Péguy voilà un siècle, nous avons pris la mesure de cette terre aux vastes ciels et décrite par l’écrivain comme un « océan » de blés. Nos souvenirs sont avant tout associés aux lieux que nous avons entrevus et auxquels Péguy fait référence dans son célèbre poème de la Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres : les petites villes de Limours, Dourdan et Ablis, les rivières la Bièvre, l’Yvette et l’Orge, les nombreuses croix de carrefour, les anciens panneaux indicateurs qui subsistent depuis 1913…

Le souvenir qui me reste de ces trois jours de marche, c’est aussi la belle amitié qui nous a réunis, Michel, François, Jean-Yves et moi : ce compagnonnage de quatre pèlerins qui partagent le couvert et les … maux de pieds, mais qui tout à la fois plaisantent et se recueillent. Pas besoin de partir loin de Paris pour trouver, avec les beaux jours, une terre qui laisse porter si loin le regard et la méditation. Surgit soudain sur la plaine la célèbre cathédrale gothique qui a été appelée « l’Acropole de la France », mais il faut marcher longtemps encore avant de l’atteindre. Comme Péguy, nous nous y sommes recueillis tous les quatre devant la vieille statue de Notre-Dame du Pilier.



Amitié Charles Péguy : En quoi marcher "dans les pas de Péguy" a fait changer votre compréhension de cet auteur ?



Pierre-Yves Le Priol : Une randonnée pédestre de trois jours, sur une centaine de kilomètres, ne suffit pas à vous changer d’emblée un homme. C’est plus tard, avec le recul, que vous mesurez mieux le « cheminement » intérieur suscité par un tel chemin. Après avoir invoqué la Vierge, Péguy était revenu plus confiant et rasséréné de Chartres. Pour ma part, en ayant approfondi sa pensée tant sur la route que lors de la rédaction de ce livre, je me sens un peu plus d’indulgence envers mon époque « post-moderne ». Au moment où le pape François y insiste lui aussi à Rome, la méditation des textes du gérant des Cahiers (et singulièrement de son Mystère des Saints-Innocents) m’invite à plus miséricorde envers mes contemporains. Comme l’a écrit Péguy, ce n’est pas tant « l’incréance », ou la déchristianisation, qui caractérise notre temps qu’une détresse sans fond et qu’il s’agit de connaître, d’accompagner.



Propos recueillis par Olivier Péguy



 


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